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Valorisée plus chère que Ford, la firme Tesla à l’aube d’une nouvelle ère ?

La nouvelle a fait un certain effet lundi dernier à Wall Street : la firme américaine Tesla, qui ne fabrique que des véhicules électriques, a connu une valorisation boursière supérieure à celle de Ford. Il est cependant encore un peu tôt pour savoir si cet événement marque un tournant pour l’industrie automobile.

On en voit encore relativement peu en France : 785 ‘Model S’ et 159 ‘Model X’ vendus dans notre pays en 2016 selon L’Argus automobile. Mais la marque automobile Tesla Motors, qui ne fabrique que des voitures électriques, a le vent en poupe. Sa popularité est telle qu’elle a du mal à honorer les commandes. Et son avenir s’annonce tellement radieux que la firme basée au cœur de la Silicon Valley à Palo Alto (Californie) a été valorisée lundi dernier à 48,63 milliards de dollars à la bourse de Wall Street. Ce chiffre a fait sensation dans le monde de la finance et dans celui de l’automobile car il signifie, aux yeux des investisseurs du moins, que Tesla vaut plus cher que Ford, 2e constructeur américain derrière General Motors, dont la valeur était estimée lundi à « seulement » 45,47 milliards (GM garde pour le moment le leadership avec 51,19 milliards ; ndlr).

Au-delà des chiffres, le symbole est fort et le message est clair : Ford et le moteur à combustion, c’est le passé et Tesla, l’avenir. Sinon, comment expliquer qu’une firme créée en 2003, qui n’a pour le moment commercialisé que quatre modèles et vendu 84 000 véhicules à travers le monde en 2016 (pour un chiffre d’affaire de sept milliards de dollars), peut-elle valoir davantage qu’une institution comme Ford, installée dans le monde entier et qui a commercialisé pour sa part 6,7 millions de véhicules (pour un revenu de 151,8 milliards de dollars) cette même année 2016 ? Malgré le regain de forme des actions liées aux énergies fossiles depuis l’élection de Donal Trump à la Maison Blanche, les marchés financiers misent plutôt sur l’électrique et les énergies propres quand ils scrutent l’avenir.

Victime de son succès

Il faut dire qu’après avoir réussi à vendre avec succès deux premiers modèles haut-de-gamme à des coûts quand

La Tesla ‘Model S’ est sortie en 2012.

même très élevés (suivant les options, le prix d’une ‘Model S’ varie de 82 000 à 158 000 euros ; celui d’une ‘Model X’ de 103 000 à 160 000 euros), Tesla s’apprête à commercialiser à la fin de l’année la ‘Model 3’, une voiture au prix beaucoup plus abordable puisqu’annoncée à 35 000 dollars pour le modèle de base sur le marché américain. Le succès semble déjà assuré : pas loin de 400 000 précommandes et une liste d’attente de nouveaux acquéreurs qui ne cesse de s’allonger. Parallèlement, Tesla est également en pointe dans les accessoires de conduite autonome qui devraient équiper tous ses futurs modèles, une option sur laquelle se penchent également Ford, BMW, Volvo mais également Google, Uber ou Apple, des acteurs qui ne faisaient pas jusqu’alors partie du paysage automobile.

Pour en savoir un peu plus sur cette révolution en cours et en particulier sur la trajectoire de Tesla, nous avons interrogé Yan Cimon, un spécialiste de l’industrie automobile nord-américaine et des réseaux sociaux qui enseigne à l’Université Laval de Montréal. Même s’il est impressionné par la réussite de Tesla, il propose un avis plus nuancé. « Lorsque l’on regarde les résultats financiers, rappelle-t-il, pour le moment Tesla perd encore de l’argent. Et il faut voir aussi que les constructeurs traditionnels comme General Motors et les autres ont des produits qui viennent directement les concurrencer. La Chevrolet Volt par exemple se vend bien aussi et pose clairement un défi à la Tesla ‘Model S’ (6 100 Tesla ‘Model S’ vendues aux USA contre 5 563 Chevrolet Volt lors du premier trimestre 2017 selon les chiffres d’un magazine Inside EV ; ndlr). Autre petit nuage à l’horizon, le fait que Tesla soit, en quelque sorte, victime de son succès. « La question maintenant sera de savoir comment Tesla pourra gérer ses liquidités comme il faut, afin de pouvoir livrer ses ‘Model 3’ à l’échéancier promis. Et cela, ça reste à avoir », prévient Yan Cimon.

L’universitaire rappelle que, plusieurs fois par le passé, Tesla a raté les dates de production de ses voitures. Il indique également que tout n’est pas nécessairement rose sous le soleil pour la firme de Palo Alto : « si elle est bien positionnée et qu’elle se vante parfois de voler des ingénieurs aux trois grands (General Motors, Ford et Chrysler ; ndlr), elle-même se fait voler des ingénieurs, notamment par Apple et par Google », objecte-t-il. De façon plus générale, Yan Cimon estime que le secteur de l’automobile est en train de changer mais que ce changement de configuration de l’industrie et des habitudes de mobilité des automobilistes va prendre « beaucoup plus de temps qu’on ne le croit ». « Les cartes restent encore brouillées pour le moment quant à savoir quelle va être la technologie dominante et qui prendra le relais du moteur à combustion », prévient-il. Et il est selon lui difficile de faire d’ores et déjà des pronostics car chaque nouvelle technologie (hybride, électrique, autonome, hydrogène …) vient avec son lot de défis.

La personnalité d’Elon Musk

Elon Musk, le fondateur de Tesla Motors et de SpaceX

« Déjà les spécialistes ont certains doutes, s’amuse-t-il, alors imaginez le grand public ! Il faudra voir comment on peut s’inscrire dans les habitudes des gens et comment on peut lancer un produit qui sera intéressant et abordable pour une majorité d’utilisateurs ». Reste que Tesla semble avoir quand même un train d’avance pour le moment. Yan Cimon la compare à Amazon en ce sens qu’elle peut subir des pertes mais bénéficier d’une capitalisation boursière importante parce que beaucoup d’investisseurs estiment qu’elle vient changer la dynamique de son industrie.

Autre atout de poids : la personnalité de son fondateur, Elon Musk, et l’image de visionnaire qu’il véhicule. Né en Afrique du Sud et naturalisé canadien puis américain, cet inventeur âgé de 45 ans semble transformer en or tout ce qu’il touche. Outre Tesla, Elon Musk a fondé ou cofondé les logiciels Zip 2, le service financier en ligne PayPal, la société spatiale SpaceX, les panneaux photovoltaïques SolarCity et il est train de mettre en œuvre l’Hyperloop, un mode transport révolutionnaire qui permettrait, en théorie, de faire le trajet Los Angeles-San Francisco en 35 mn.

« C’est un homme qui prend beaucoup de place, reconnaît Yan Cimon, mais, au-delà de sa personnalité, Tesla est une entreprise qui a su peaufiner son produit, qui a donc beaucoup amélioré son image et sa réputation de fiabilité. Et qui a aussi une excellente communication d’entreprise. Quand vous combinez ces facteurs, vous avez un produit qui gagne ». Meilleure preuve : plusieurs centaines de milliers d’automobilistes ont déjà versé des arrhes pour une voiture qui n’existe pas encore, cette fameuse Tesla ‘Model 3’ dont la production ne devrait pas démarrer avant juillet.

Reste qu’il y a encore du travail à faire, surtout aux Etats-Unis, pour convertir l’automobiliste de base à la voiture électrique. « Ce n’est pas encore dans les mœurs de sauter dans son électrique, en raison du mode de vie, des distances et des disponibilités des bornes de recharge », explique Yan Cimon. « Souvent, ceux qui ont des électriques, le font parce qu’ils ont des habitudes très urbaines », conclut-il. « Il y a des Etats où cela marche mieux que d’autres et ce sont en général des Etats où l’on vote en majorité démocrate : Californie, New York, Oregon, Washington, le Nord-Est aussi ». On le savait déjà un peu : acheter une voiture électrique, c’est aussi un acte politique.

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SimRadio / International

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